L'intention de Nicolas Sarkozy de vouloir parrainer un enfant de la Shoah par un enfant de CM2 suscite de nombreuses réactions. A gauche comme à droite. Et historiens, enseignants, politiques, sont montés au créneau afin d' émettre de sérieuses réserves quant au bien fondée d'une telle décision. Nicolas Sarkozy semble lâcher des idées au gré de ses humeurs comme on lance du sable au vent, sans savoir où celui-ci retombera.
Depuis mercredi, jour de l'annonce de Nicolas Sarkozy devant le Conseil Représentatif des Institutions Juives (CRIJ) de sa proposition de faire "parrainer la mémoire" de l'un des 11.500 enfants juifs de France victimes de la Shoah par des élèves de CM2, n'en finit plus de faire des vagues. A tel point que ce week-end, la directrice de cabinet du chef de l'Etat, Emmanuelle Mignon a tenu à déminer le terrain en déclarant au Journal du Dimanche : " Il ne s'agit ni de traumatiser ni de culpabiliser les écoliers. Il a été suggéré que la mémoire d'un enfant victime de la Shoah puisse être confiée à une classe entière et non plus à un seul élève, comme le préconisait Nicolas Sarkozy. " Tout en réaffirment la position de celui-ci : " le Président a la volonté très nette de ne pas céder sur cet enseignement. " Comme toutes ses annonces (avec ou sans effet), - suppression de la pub sur France-Télévisions, lecture obligatoire de la lettre de Guy Mocquet dans les lycées..-, celle-ci semble avoir pris tout le monde de cours. A gauche comme à droite, et même au sein de sa propre majorité. Xavier Darcos, Ministre de l'Education Nationale a jugé utile de reconnaître que " pour l'instant les choses se présentent de manière un peu confuse et maladroite ", admettant " la complexité de l'idée d'une adoption d'un enfant par un enfant. " Lui aussi a émis l'idée que la démarche soit portée par des groupes d'enfants ou des classe entières.
" A la seconde, mon sang s'est glacé ", avait immédiatement commenté Simone Veil, présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et ancienne déportée, présente lors du dîner du CRIJ. Faut-il rappeler que Simone Veil était aussi présidente du comité de soutien du candidat Sarkozy pendant la campagne présidentielle ? En déclarant que la proposition de Nicolas Sarkozy est " inimaginable, insoutenable et injuste, on ne peut pas infliger ça à des petits de dix ans, on ne peut pas demander à un enfant de s'identifier à un enfant mort ", force est de constater que sur ce sujet, elle ne le soutient pas. En perdant Simone Veil sur cette cause-là, la proposition du Président a perdu une part majeure de sa recevabilité et de sa crédibilité. Ce qui ne l'a pas empêché d'ironiser vendredi sur le " tumulte " suscité, assurant " qu'on ne traumatise pas les enfants en leur faisant le cadeau de la mémoire d'un pays." Pourtant, tout le week-end, le staff élyséen a tenté d'enrayer la polémique en proposant divers aménagements.
Il faut dire qu'à l'instar de Simone Veil, les réactions dubitatives ont fusé de toutes parts. En premier lieu du monde enseignant. Ce dernier s'inquiète quant à l'application concrète d'une telle mesure. Ainsi, Yann, instituteur dans l'Ain, s'interroge : " Le devoir de mémoire est une bonne chose mais c'est déjà le rôle d'un enseignant que de le faire respecter. Il peut d'ailleurs s'exercer pour toutes les victimes de toutes les guerres et de tous les massacres, y compris les plus récents. Ce n'est pas sur le fond mais sur la forme que je suis réticent ". Sabine, institutrice à Paris déclare, elle, qu'elle n'est " pas contre cette initiative mais il faudrait l'étendre à tous les génocides : les Arméniens, les Indiens d'Amazonie. En choisissant la Shoah, on instille du religieux dans l'école laïque. (...) L'idée n'est pas mauvaise mais elle est très floue. Il faut réfléchir à comment mettre en place ce parrainage. " Pour cette directrice d'école à Paris, " c'est une fausse bonne idée ". "Je trouve cela super lourd. Il y a des enfants que ça peut écraser. " Et elle ajoute : " Comment est-ce qu’on peut transmettre cette histoire à des enfants dont ce n’est pas l’histoire familiale? " Elle est directement concernée. Une partie de sa famille est morte en déportation. Dans son établissement, dit-elle, il y a "des Maliens, des Arabes et des Gaulois. Alors comment s’y prendre? " Certains s'inquiètent de la dimension communautariste et craignent les divisions là où il est question, l'école, de cohésion sociale. Tel cet instituteur parisien de CM2 qui rapporte déjà des propos entendus du genre : " Pourquoi les Juifs tuent des Palestiniens? " Lors d’une réunion, un père a lancé : " Pourquoi on ne parle que des Juifs?" Quant aux syndicats enseignants, le ton est encore plus haut. L’UNSA, parle de "parrainage individuel avec l’horreur. " Le SNUIPP-FSU, majoritaire chez les enseignants du primaire, parle de " risques de troubles psychologiques (...), de sentiment de culpabilité ou de responsabilité pour le destin d’un élève dont l’écolier d’ajourd’hui n’est nullement responsable. "
Culpabilité. Là est bien le mot majeur de cette Histoire. Celle, déjà, éprouvée par des élèves comme Ava, aujourd'hui en 6e: " En CM2, l'an dernier un élève a fait un exposé sur l'extermination des juifs, c'était trop horrible (…), je n'en garde pas un bon souvenir. On se sentait un peu coupable. "
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