Quatre ans après les « Beaux dégâts », Cabrel nous revient. Sans moustache. A l’heure où celle-ci est en vogue. Avec engagement. A l’heure où celui-ci est passé de mode. Cabrel, hors-mode ? Pourtant, s’il est un chanteur populaire en France, c’est bien l’enfant d’Astaffort. Avec ses 18 millions d’albums vendus. En 30 ans de carrière. Aujourd’hui, à 54 ans, retour dans les bacs avec « Des Roses Et Des Orties ».
« Des Roses et des Orties ». Les roses du troubadour, les orties des champs de batailles. Les roses au bout du fusil, les orties piquants comme la pointe d’un sabre. Mais si chez Cabrel, les roses ont ce doux parfum suranné et salutaire, ses épines ne sont pas aussi piquantes que celles d’un rosier. Cabrel n’est pas un piquant. Un mordant. Ni enragé, ni réellement engagé. Si ce n’est sur des chemins de traverses. Qu’ils traversent au gré de ses humeurs. Plus poétiques que politiques. « Vers quel monde, sous quel règne et à quel juge sommes-nous promis ? À quel âge, à quelle page et dans quelle case sommes-nous inscrits ? Les mêmes questions qu’on se pose/On part vers où et vers qui/Et comme indice pas grand-chose/Des roses et des orties », s’interroge-t-il dans Des roses et des orties, le titre ayant donné son nom à l’album.
Bien sûr, les sujets sont là. Social et politique, même si Francis Cabrel préfère parler d’ « humanisme ». Il y a « African Tour », chanson sur l’Europe – à l’instar d’un « Schengen » de Raphaël ou d’un « C’est déjà ça » de Souchon – contant l’exil d’un Africain vers l’eldorado mythifié qui est l’Europe. « La moitié d’un échafaudage/Je n’en demande pas davantage/Un rien, une parole, un geste/Donnez-moi tout ce qu’il vous reste… ». La chanson « Les Cardinaux En Costume » relate la vie de cet exil sur la Terre France. « Magyd dort dans la lumière/ Celle des phares et des périph/ Une joue contre la terre/Une main sur son canif/Qu’un homme dorme sur le bitume/Ça n’a pas l’air d’inquiéter les cardinaux en costume/ Derrière les vitres teintées. » Mais si l’artiste dénonce l’Eglise catholique et ses hauts représentants, c’est contre tout ce qui porte costume qu’il s’insurge : « C'est, certes, l'image du cardinal qui a dirigé mes pensées, mais ça s'adresse aussi au sénateur en costume, à toute l'intelligentsia auréolée de la loi et de l'autorité. J'aurais pu changer d'interpellation à chaque couplet. Mais ça part des cardinaux, qui sont l'image de la caste de privilégiés qui s'élèvent au-dessus du peuple des croyants. »
La croyance, autre thème fondement des « Roses et des Orties ». Si Cabrel dit s’interroger beaucoup sur le sens de la vie et des religions, il dit aussi n’en avoir trouvé aucune qui réponde à sa quête : « Sommes-nous seuls dans cette histoire/Les seuls à continuer à croire/Regardons-nous vers le bon phare/Ou le ciel est-il vide et creux ? », s'interroge-t-il dans « Le chêne liège ». Assis sur son « Chêne liège » comme il l’était « sur le rebord du monde », Cabrel médite. Loin de l’action que requiert l’engagement politique. « J'admire les artistes qui montent au créneau, comme ceux qui sont allés récemment soutenir les familles sans logis qui campaient rue de la Banque. Les situations violentes m'effraient. Je n'ai pas le courage d'affronter la foule et de revendiquer haut et fort mes opinions face aux caméras. Je n'ai pas de discours, j'ai peu de répondant à l'oral. Je ne suis pas un meneur, je suis plutôt quelqu'un qui prend le temps de réfléchir », se justifie t-il.
Les troubadours n’ont jamais eu vocation de revendications. Les troubadours chantent l’amour. Perdu, sauvé, retrouvé. C’est leur quête. Plus spirituelle que religieuse. Et c’est là qu’excelle le mieux notre troubadour des temps modernes. Dans par exemple « La Robe et l’Echelle », ode aux premier émois, chanson tendrement coquine et poétique. Dans « Mademoiselle l’Aventure », chanson hommage à sa fille adoptive Thiu, né au Vietnam, ou plutôt à sa mère biologique : « Mademoiselle le mystère/Évanouie pour toujours/Vous serez toujours la mère/Nous serons toujours l'amour », fredonne-t-il.
N’est-ce pas tout ce que l’on demande à Francis Cabrel, d’être « toujours l’amour » ?
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