Anorexie, bientôt un délit ?

Société
On dénombre entre 30 000 et 40 000 cas d'anorexie en France, une maladie qui peut se révéler mortelle.

Suite à plusieurs décès, la France a décidé de prendre l’anorexie à bras-le-corps et d’en faire un problème de santé publique. Preuve en est, une charte de bonne conduite contre l’anorexie soumise par Roselyne Bachelot à l’intention du monde de la mode, de la pub et des médias. Et une proposition de loi sera soumise à l’Assemblée Nationale visant à faire de l’incitation à l’anorexie, un délit. La France compte entre 30.000 et 40.000 cas d’anorexie, considérée comme une maladie mentale.

L’anorexie, problème de santé publique ? C’est en tout sur celui-ci que vient de se pencher, la Ministre de la Santé, Roselyne Bachelot en soumettant les professionnels de la mode, de la pub et des médias à une charte de « bonne conduite contre l’anorexie » et l’image du corps. La charte « Anorexie - Image du corps » a été signée par toutes les parties ce mercredi 9 avril et rendue publique aujourd’hui, jeudi 10 avril. Cette charte est le résultat de plus d'un an de discussion au sein d'un groupe de travail mis en place sous l'égide du ministère de la Santé après une polémique liée aux décès de plusieurs mannequins sud-américains et une campagne choc italienne contre l'anorexie, interdite en France. Décès tel que celui d’Ana Carolina Reston en novembre 2006, mannequin brésilien, qui avec ses 40Kg pour 1m72 n’a pas laissé de doutes quant à la cause de sa mort, plongeant le monde la mode dans l’angoisse.

En France, on dénombre 30.000 à 40.000 cas d’anorexie, considéré comme une maladie mentale. Si celle-ci touchait le plus souvent des adolescents et principalement des jeunes filles, depuis quelques années, les médecins recensent des patients de plus en plus jeunes. En cause, l’idéal de beauté représenté par la taille mannequin, la pression sociale exercée contre les « gros » et la mode vestimentaire du nombril à l’air, qui seraient autant de facteurs de la progression de la maladie chez les plus jeunes.

Cette charte, qui a valeur de catalogues de bonnes intentions, à l’image de ce qui a déjà annoncée aux Etats-Unis, en Angleterre et en Italie, « nous permet d'ouvrir la voie d'une approche globale de la prévention de l'anorexie » qui « figure parmi les plus mortelles des maladies du psychisme », a déclaré Mme Bachelot. Tâche qui selon Caroline Tancrède, du magasine Femme Actuelle, s’annonce difficile tant « les enjeux économiques sont importants et à quel point il y a des antagonismes entre les différentes professions concernées ».

Roselyne Bachelot ne veut pas d’un doigt accusateur sur telle ou telle catégorie professionnelle : « Sachons faire la part entre des marronniers d'hebdomadaires féminins, proposant à leurs lectrices de perdre quelques kilos à l'approche des fêtes ou de l'été, et certains sites internet incitant explicitement à l'anorexie », a-t-elle dit. Pour ces derniers, elle soutient une proposition de loi proposée par une députée UMP, Valérie Boyer, loi qui viserait à punir « l’incitation à la maigreur excessive» de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende ». Sa cible ? Des sites Internet et des blogs, baptisés «pro-ana»(pro anorexie), où l’on trouve des photos de stars rendues squelettiques au moyen de logiciels de déformation d’images, où l’on lit les journaux intimes de jeunes filles expliquant que c’est supercool d’être maigrissime, et que l’ultraminceur est plus valorisante qu’une bonne santé.

Dans le monde de la mode, on s’interroge. A l’instar de Jean-Paul Gautier : « Ce n’est pas avec des lois qu’on résout ce genre de problème mais avec de la compréhension ». Beaucoup constatent que si quelques uns continuent de promouvoir l’esthétique de la maigreur, les choses évoluent dans les média féminins et la publicité. «Aujourd’hui, des marques comme L’Oréal ou Chanel ne se risqueraient plus à employer des ultramaigres», dit le patron de l’agence Viva, Cyril Brulé. «En vingt ans, ajoute-t-il, j’ai eu affaire à une seule mannequin anorexique. Et lorsque, dernièrement, une jeune Russe s’est mise à maigrir, on l’a convaincue de se remettre à manger.»

Aujourd’hui, 1,5% des adolescents développent une anorexie et le taux de taux de mortalité par dénutrition après dix ans d’anorexie mentale est de 5%. Il atteint les 10% quand il s’agit d’anorexie boulimie. Les femmes représentent 95% des cas d’anorexie mentale.


Par La Rédaction Livenet, le 10/04/2008 16:57
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