Pour un certain nombre de personnes, la littérature sentimentale à grand tirage est une sous-littérature qu’on ne saurait conseiller à des gens qui aspirent à la vraie connaissance et au plaisir que procurent les belles lettres.
En effet, d’après eux, cette littérature privilégie beaucoup plus la romance, le rêve, qu’autre chose. Les héros et héroïnes aspirent au grand rêve et finissent toujours par le trouver. Le monde dans lequel ils vivent est la plupart du temps, un monde féerique qui fait la promotion du luxe, souvent ostentatoire.
D’autre part, les personnages principaux ont presque toujours de la prestance, de la classe, du charme, comme si l’amour ne s’adresse qu’aux personnes élégantes. Ce manque de « réalisme » est, selon eux, le plus grand handicap de cette littérature car, elle ne pose pas les vrais problèmes que l’on rencontre dans une vraie relation amoureuse. Ce qui entraînerait chez les jeunes, ce manque de maturité qui résume l’amour en un flirt éphémère.
Enfin, les détracteurs de cette littérature s’acharnent sur son style peu recherché, monotone, sans poésie… enfin bref, autant de griefs qui auraient normalement dû plonger la littérature sentimentale dans une profonde léthargie.
Et pourtant, c’est bien le contraire qui se produit. Dans cette grisaille où l’on crie à tue-tête que les ivoiriens ne lisent pas ou très peu, la littérature sentimentale caracole en tête de toutes les ventes. Qu’est-ce qui pourrait alors justifier cette ruée vers la littérature sentimentale ?
De prime abord, notons que la littérature sentimentale attire parce qu’elle traite du thème de l’amour, un thème aussi vieux que le monde. En effet, qui d’entre nous n’a jamais vécu une aventure amoureuse ? Qui n’a jamais cherché à séduire ou à être séduit ? Qui n’a jamais souffert devant un amour fugace ? Qui n’a jamais fait de folie parce qu’amoureux ? Oui, la littérature sentimentale est le creuset où se fondent nos différentes manières d’aimer et d’être aimé. Qui que nous soyons, nous nous retrouvons d’une manière ou d’une autre dans les différents personnages qui sont créés. Peu importent les différences de classes sociales, les personnages ont les mêmes faiblesses devant l’amour, ce qui est un grand réconfort pour le lecteur modeste. La peinture psychologique des personnages est si raffinée qu’on n’a aucune peine à se retrouver ou retrouver un de ses proches. Et même quand on a des problèmes dans sa vie amoureuse, c’est toujours un réconfort de savoir que la situation pourrait aller mieux.
En plus, la littérature sentimentale est un véritable voyage dans l’univers de la beauté. Les espaces dans lesquels les auteurs nous transportent sont aussi beaux qu’enchanteurs. Ils nous soulagent de nos angoisses et nous mettent à l’abri des train-train quotidiens. Nous savourons ces plaisirs comme si nous étions présents. Nous faisons du tourisme en étant assis dans notre salon ou étendu dans notre chambre. C’est la magie de la lecture. Voyager et prendre du plaisir en compagnie de personnages élégants et raffinés après une dure journée de labeur ! Quel remède peut être aussi efficace ?
Sans vouloir être exhaustif, je voudrais terminer ce billet par le style, l’écriture, qu’adopte cette littérature et qui pour moi, loin d’être un handicap, en fait sa véritable force. En effet, la littérature sentimentale se caractérise par sa simplicité, ce qui la met à la portée de tous. Je suppose que c’est un choix volontaire des auteurs qui veulent ainsi atteindre un lectorat plus vaste et plus varié. Ici, le plus important, c’est de mettre l’histoire à la portée de tout le monde, en exigeant le moins d’effort intellectuel possible. Autrement, la lecture ne serait plus cette distraction recherchée après une dure journée de labeur.
Voilà, ce billet n’a pas la prétention d’épuiser le débat, mais au contraire d’y participer. Et je pense que la littérature sentimentale contribue à la démocratisation de la lecture de façon efficiente.
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