Les cahiers de l'écrivain débutant (suite)

Toute personne qui s’essaie pour la première fois à l’exercice de la création romanesque est confrontée à une série de questions fondamentales dont les réponses fortifient quelque peu son ambition vacillante de devenir écrivain. Ces questions sont les suivantes :
- Pourquoi et pour qui écrit-on ?
- Avec quoi écrit-on ?
- Existe-t-il une démarche classique pour la production de l’œuvre romanesque ?
- Quels sont les critères d’une bonne œuvre romanesque ?

Cette liste de questions n’est pas exhaustive mais elle se donne la prétention de regrouper l’essentiel des préoccupations de ceux qui s’essaient pour la première fois à l’écriture romanesque. Nous allons essayer de leur apporter une réponse afin d’harmoniser nos points de vue sur ces questions.

1- Pourquoi et pour qui écrit-on ?
Cette question est intéressante parce qu’elle pose le problème du rôle de l’œuvre littéraire dans la société.
En effet, toute personne qui décide de produire une œuvre littéraire en général et romanesque en particulier, doit être consciente du fait que celle-ci doit répondre à un besoin social, culturel, politique, intellectuel, etc. Cela signifie que l’écrivain doit être au fait des grands problèmes de son temps. A travers son œuvre, il doit prendre position sur les questions majeures qui se posent à sa société. A travers les personnages qu’il crée et le destin qu’il leur assigne, il doit éclairer la lanterne de ses contemporains sur l’opportunité de tel ou tel choix social, économique ou politique, ou la nécessité de "redresser la barre" quand le navire individuel ou social va à la dérive. Les romans de Mongo Béti, qui allient très souvent réalisme et humour, présentent, pour les premiers d’entre eux, l’Afrique colonisée et les mutations qui se sont alors opérées, souvent dans la déchirure : Ville cruelle, (1954), Le Pauvre Christ de Bomba (1956). Les suivants (comme Remember Ruben, 1974, La ruine presque cocasse d’un polichinelle, 1979) évoquent l’Afrique indépendante dans ses balbutiements, ses hésitations, ses désillusions.
L’œuvre littéraire est donc une "reproduction", mieux, une représentation de la société par l’écrivain à partir d’une perspective qui lui est propre. Toutefois, il doit éviter de trahir les grandes valeurs qui fondent cette société au risque de s’attirer les foudres de ses concitoyens.

2- Avec quoi écrit-on ?
A l’évidence, cette question n’est pas aussi banale qu’elle paraît à première vue.
En effet, tous ceux qui ont essayé de produire pour la première fois un texte littéraire se sont trouvé confrontés à cette situation. Ils se sont trouvé bloqués parce qu’ils ignoraient les matériaux de construction du texte littéraire. Ils auraient trouvé la parade en lisant attentivement une œuvre romanesque. Car, l’écriture se trouve à l’opposé de la lecture. Ils auraient alors compris que pour écrire une œuvre romanesque il faut simplement les éléments suivants :
- Une histoire à raconter,
- Des personnages pour jouer les différents rôles que nécessite la mise en scène de l’histoire,
- Un espace bien défini où l’histoire va se dérouler,
- Une époque et un temps matériels précis au cours desquels l’histoire va se dérouler…
N.B. : Dès que le projet d’écriture commence à bouillonner dans la tête de l’écrivain, les premières actions à mener doivent consister à rassembler ces différents matériaux en vue de la construction future du texte.

3- Y a-t-il une démarche classique pour la production de l’œuvre romanesque ?
Au cours des différents ateliers d’initiation à l’écriture romanesque que nous avons eu à animer, la préoccupation majeure que la majorité des auditeurs nous soumettent est la suivante : Même quand nous avons tous les matériaux de construction du texte romanesque, nous ne savons pas par où commencer.
Cette préoccupation somme toute légitime pose en effet la question de la démarche dans la création de l’œuvre romanesque. Y a-t-il oui ou non une démarche classique que tout écrivain devrait suivre pour créer une œuvre romanesque ?
La réponse à cette question est OUI. Quelle est donc cette méthode sans laquelle aucun texte narratif ne peut être produit ?
Il s’agit tout simplement du schéma narratif dont les différentes étapes sont les suivantes :
- Situation initiale
- Elément modificateur
- Péripéties
- Dénouement
- Situation finale.
Chacune de ces étapes (que nous allons voir dans les détails dans la phase suivante de notre travail) marque la progression du texte narratif qui va d’un point A à un point B. Toutefois, certains auteurs, pour des besoins d’esthétique littéraire ou par simple fantaisie personnelle, bouleversent l’ordre du schéma narratif, faisant dès lors appel à d’autres techniques que sont par exemple, les flash back ou les prolepses pour mieux faire comprendre leur histoire.
Dès lors, la question qui se pose est de savoir, quels sont les critères d’une bonne œuvre romanesque si tant est que l’écrivain peut se livrer à des manipulations et à des fantaisies personnelles ?

4- Quels sont les critères d’une bonne œuvre romanesque ?
Si l’écriture romanesque a des règles comme nous l’affirmons depuis le début de notre travail, c’est que l’œuvre romanesque sera qualifiée de bonne si et seulement si elle les respecte, c’est-à-dire, si elle raconte une histoire intéressante en tenant compte du schéma narratif et si éventuellement les différentes « entorses » au schéma narratif sont maîtrisées.
La qualité de l’œuvre romanesque réside aussi et surtout dans l’utilisation que l’auteur fait de la langue. Un bon auteur, c’est celui qui a un niveau de langue au-dessus de la moyenne et qui a une maîtrise parfaite des différents registres de langue. L’orthographe, la syntaxe, la grammaire, le style…, voilà autant d’éléments dont la maîtrise conditionne la qualité de l’œuvre romanesque. On peut respecter les différentes règles de la narration, mais une maîtrise approximative de la langue peut ternir la qualité de notre travail. Et cette maîtrise linguistique résulte soit de la compétence acquise au cours des apprentissages scolaires et universitaires, soit de la compétence acquise par un travail individuel rigoureux fait de lectures et d’exercices grammatico-syntaxiques divers. En tout état de cause, il est vraiment indispensable pour un auteur de maîtriser son premier outil de travail qu’est la langue et de pouvoir l’adapter à son public cible.

Par La Rédaction Livenet, le 25/11/2007 19:00
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